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Toutes ces réformes, pour quoi faire ?


C'est l'histoire d'un euphémisme : l'École

Vous connaissez la nouvelle ? Il paraît que les jeunes Français sont nuls en maths, enfin, pas très bons, notamment lorsqu'ils sont testés par les enquêteurs de l'OCDE. Ce qui n'a jamais empêché la France de décrocher plus d'une médaille Fields. Et si c'était justement ça, l'exception française : des médailles Fields, d'une part, et un niveau moyen plus que médiocre, d'autre part ? Qu'importe la largeur de la base de la pyramide, pourvu qu'il y ait une pyramide ? Et la médaille Fields, c'est précisément le sommet de la pyramide, ou de l'iceberg.

La nouvelle réforme engagée par la nouvelle ministre de l'Éducation Nationale s'attaque-t-elle à la pyramide ou se contente-t-elle de n'en viser que la partie visible ?

Mais, au fait, pourquoi parle-t-on à ce point de l'échec scolaire (ex. 20 % de jeunes parvenant en Sixième sans maîtriser les bases) et passe-t-on sous silence l'échec universitaire, bien plus important statistiquement (près, voire plus de trois-quarts d'étudiants ne décrochant pas leur licence dans les temps impartis [3 ans] dans une Fac comme Paris VIII-Saint-Denis) ? Les mêmes statistiques nous informent que, dans la plus cotée des universités parisiennes (Paris X-Dauphine), autour de 80 % des étudiants décrochent une licence en trois ans, ce qui nous fait quand même 20 % d'étudiants qui mettent plus de temps, soit le pourcentage d'élèves de Sixième ne maîtrisant pas les bases... Alors, Paris X-Dauphine en échec ?

Voyez comment le même pourcentage vous fait passer l'école primaire pour une fabrique de tarés, et la meilleure Fac de Paris pour une fabrique de cracks !

De la nécessité de relativiser, encore et toujours. Mais je n'ai pas oublié le titre de cette rubrique : "Toutes ces réformes, pour quoi faire ?".

Peut-être pour souligner que les réformes précédentes ont été des échecs ! Dans ces conditions, apprécions le cadeau empoisonné fait à Najat-Vallaud Belkacem et constatons le manque de logique ayant présidé à sa nomination. Il y avait bien Ségolène Royal et George-Pau Langevin, anciennes ministres de l'Enseignement scolaire, qui auraient fort bien pu succéder à Benoît Hamon à l'Education Nationale, pour avoir déjà connu la maison. Seulement voilà, la France est un pays bonapartiste, et Bonaparte ne fait que ce qui lui plaît. Et je suis sûr qu'elle-même (Vallaud-Belkacem) aurait probablement préféré un poste moins exposé. Mais voilà, Bonaparte avait décidé !

Comment dire les choses ? Sans éprouver de sympathie débordante pour la nouvelle Ministre de l'Education Nationale, notamment après l'avoir vue se démener comme une diablesse pour faire entrer la théorie du genre dans les écoles primaires via les ligues LGBT, je dois avouer que c'est, de tous les membres de l'actuel gouvernement, celui (membre) auquel je souhaiterais volontiers le plus de chance de réussite. Parce que cela voudrait dire que sa réforme aurait conduit à une réduction drastique du nombre d'enfants en échec scolaire, même si je n'oublie pas l'université.

Une chose est certaine, en tout cas : la mine avenante et la fraîcheur physique de la ministre, qui détonnent avec l'air rébarbatif voire sinistre de tant de ses collègues, ne suffiront pas, à elles seules, à vaincre certaines pesanteurs bien françaises.

J'ai nommé le bonapartisme : Vallaud-Belkacem est l'émanation d'un régime bonapartiste, soit ce que l'Europe a produit de plus ringard et de plus inefficace depuis deux siècles. Et dire qu'il y a encore des nigauds particulièrement niais pour croire à l'efficacité de ce mode de gouvernement digne des plus ignobles républiques bananières !

Un peu d'histoire. Pour mémoire, prenez l'arrivée aux affaires (Présidence de la République pour l'un, chancellerie pour l'autre) de François Mitterrand et Helmuth Kohl, et mettez-moi, côte-à-côte, les noms des chefs de gouvernement (Premiers ministres) présents à Matignon durant les mandats de Kohl. Bilan : quand l'Allemagne se contentait d'un chancelier, la France s'offrait (de Mauroy/1981 à Balladur/1995) combien de premiers ministres déjà ?

Ça c'est pour la prétendue stabilité des régimes bonapartistes. Voyons ce qu'il en est de l'efficacité, et comparons, par exemple, le nombre de jacqueries en tous genres provoquées par des paysans, éleveurs, pêcheurs... en colère en France, et ce qu'il en a été en Allemagne. Pour prendre un exemple récent, l'écotaxe. Elle a été mise en oeuvre en Allemagne il y a un certain temps maintenant. Sans susciter le moindre soulèvement populaire. Et en France, ce pays au régime tellement efficace ?

Le principal problème de Vallaud-Belkacem ? Elle est le rouage d'un système bonapartiste, dont je ne viens que d'effleurer le caractère inefficace. Alors, pourquoi s'étonner que tant de ses prédécesseurs se soient plantés ?

Parce que le corollaire du bonapartisme, c'est la centralisation : un(e) ministre de l'Éducation Nationale en France, contre seize en Allemagne. Autant dire que, pour avoir un effondrement du système éducatif allemand, il faudrait que les seize programmes éducatifs appliqués dans les différents Länder échouent en même temps. Et voilà comment, après l'exploit de la réunification, l'Allemagne voit ses performances scolaires dans les classements internationaux se redresser notablement, tout simplement parce que ce qui réussit dans un Land fait tache d'huile dans les autres. Allez expliquer ça à quelques indécrottables bonapartistes français !

Mais au fait, c'est quoi, cette histoire d'avions sans pilotes ? L'histoire d'un système scolaire dont les principaux animateurs, les enseignants, ne sont jamais interrogés sur leur responsabilité dans le marasme ambiant : ils sont là, font des grèves à tout bout de champ, mais ils ne sont en rien responsables du naufrage de leurs élèves.

Et dire que, dans le corps enseignant, il y a tant de profs de physique, de chimie, de SVT ; je veux dire, des scientifiques !

Un grand prix de Formule 1, ça dure un peu moins de deux heures ; ça, c'est ce que le public voit à la télévision. Mais tout le monde sait qu'une saison de course automobile, moto, rallye se gagne durant la période creuse, pendant laquelle les équipes conçoivent de nouveaux engins ou améliorent les anciens, à coups de tests et d'essais qui représentent des milliers d'heures en tout.

Essayer - tester : probablement les deux verbes les plus utilisés dans les sciences et techniques. Un laboratoire teste un nouveau médicament, un constructeur teste un nouvel avion et, comme on l'a vu dernièrement avec un modèle militaire d'Airbus, il arrive que ça se passe mal.

Le principe des essais et des tests est toujours le même : on commence toujours petit, avant de voir plus grand ; en clair, on conçoit un prototype, ou alors le test est réalisé sur un petit échantillon (des cellules in vitro, puis des animaux de laboratoire), et quand tout semble au point, alors on passe à une échelle supérieure. Ce qui fait qu'on va tester un nouveau train de pneus sur une Formule 1. Ça marche ? Très bien, on continue ; ça ne marche pas ? Aucun problème ; on essaie immédiatement autre chose. Ainsi progressent les sciences et techniques depuis l'Âge de pierre.

Mais alors, comment expliquer qu'à l'Éducation Nationale, les réformes ne soient jamais testées de manière évolutive, en étendant progressivement le champ d'application jusqu'à l'ensemble du pays ? Et pourquoi ne commence-t-on jamais par se dire : "on va voir ce que ça va donner sur un établissement scolaire, dix établissements scolaires, un quartier, dix quartiers, une ville, dix villes..., le temps d'apporter quelques retouches et améliorations au projet initial, et quand tout sera opérationnel, alors on passera à dix départements, dix régions, l'ensemble de la France." ?

Au lieu de cette approche qui a fait ses preuves un peu partout, le régime bonapartiste préfère la sentence "Urbi et Orbi", tout le monde étant logé à la même enseigne, d'où les mêmes rythmes scolaires pour les écoles parisiennes et celles de telle île bretonne ou de tel hameau de la Réunion ou village au bord du Maroni, en Guyane.

Tous ces scientifiques planqués à l'Éducation Nationale, et qui ne servent à rien !

Vous avez probablement compris que, selon moi, le plus condamnable des ministres de l'Éducation fut Claude Allègre (mais ça ne dédouane pas les autres, tout aussi dogmatiques que lui), scientifique de renom qui, à aucun moment, n'a géré son ministère avec la rigueur - ainsi que l'humilité - d'un scientifique. Je dis "humilité" parce que, dans les sciences et techniques, ce sont les faits qui commandent, pas les idéologies.

On peut commencer la collecte des archives à n'importe quel moment, notamment depuis les années 1970 - pour ma part, je compile des textes depuis le début des années 2000 -, le diagnostic reste désastreux : "l'école française va mal.". L'école seulement ?

Lecture utile (Une enquête récente de l'AFEV)

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Le moins qu'on puisse dire est qu'à Marianne, ils ne lâchent pas le morceau ; on annonce un nouveau numéro spécial "École" pour la fin juin 2015, soit six mois à peine après ce qui suit.

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Je sais maintenant pourquoi je n'utilise jamais le vocable "numérique", d'abord parce que je ne sais pas du tout ce qu'il veut dire, ensuite, parce que je ne connais que trop le penchant de certains hauts-parleurs pour les euphémismes. Quant à la phrase "le numérique peut faciliter le travail des élèves mais ne remplacera jamais l'acquisition des bases...", on voit bien que son concepteur n'a jamais approché un ordinateur de sa vie ; c'est bien pour ça qu'il ou elle n'ose pas dire "l'ordinateur ne remplacera jamais l'acquisition des bases...", parce que, compte tenu des immenses apports de l'ordinateur dans tous les domaines de la vie intellectuelle et sociale, personne de sensé n'osera jamais proférer une énormité pareille ! Du reste, s'il faut traduire, ici, "numérique" par "informatique", je pense avoir largement démontré dans les pages qui précèdent combien est facile, précisément, l'acquisition de certaines bases, voire de toutes les bases, par des enfants souvent jeunes, agissant, grâce à l'ordinateur, en toute autonomie.

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"Ce qu'il faut refonder, c'est l'école élémentaire...". Tout le monde a compris que les enfants naissaient dans les choux ?

Question : les professeurs par-ci, les professeurs par-là, la journée scolaire par-ci, les neuf demi-journées scolaires par-là... Quand je lis l'interview de Salnave et Meyrieu reproduite plus haut, ainsi que la montagne de documents traitant de l'échec de l'école, il me manque toujours un certain nombre d'informations.

Exemple, quid des sections sport-études ou de l'École des petits rats de l'Opéra de Paris ?

Tout le monde sait qu'à l'Opéra de Paris, l'école des petits rats reçoit des enfants et adolescents dont le niveau scolaire va en gros du CE2 à la Terminale, le tout sur la base d'une organisation faite de deux demi-journées : les cours le matin, la danse l'après-midi. Donc, la journée scolaire d'un(e) élève de l'Opéra de Paris est moitié moins longue que celle des élèves du circuit "normal". Quelqu'un a-t-il jamais tenté de mesurer les performances scolaires des deux catégories d'élèves ? Au moment d'élaborer sa semaine de neuf demi-journées, Vincent Peillon a-t-il seulement étudié le système en vigueur à l'Opéra de Paris et dans les sections sport-études ?

C'est tout de même étrange que personne n'en parle ! Le fait est que, lorsque Vincent Peillon lance son histoire des neuf demi-journées travaillées par semaine, il oublie visiblement qu'il existe déjà un système concurrent dans les sections sport-études, système qu'il s'est bien gardé d'évaluer !

Posons, par hypothèse, que les petits rats de l'Opéra affichent des performances scolaires tout à fait comparables à celles des écoliers "ordinaires". Cela ne voudrait-il pas dire que les enseignants de l'Opéra obtiennent des résultats comparables à - voire meilleurs que - ceux de leurs collègues des établissements ordinaires, mais en deux fois moins de temps scolaire stricto sensu ? Et cela ne serait-il pas de nature à inciter les enseignants des établissements "ordinaires" à s'inspirer des méthodes de leurs collègues des sections sports-études et de l'Opéra de Paris ?

Voilà qui mériterait une évaluation plus approfondie, non ? Comment, alors, expliquer ce manque de curiosité des autorités, des syndicats, des médias, des associations de parents d'élèves ?

 

 
   

 

 

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