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Vivre de plus en plus vieux, et après ?

Deux anecdotes.

Courant 2004, la chaîne France 3 diffuse un documentaire sur la fameuse canicule qui a frappé la France à l'été 2003, lorsqu'apparaît le visage d'une des victimes de ladite canicule. Un visage que je reconnais instantanément.

L'homme se faisait appeler August von Briesen et je l'avais croisé à une époque où j'officiais comme autoentrepreneur dans la micro-édition. Il m'avait alors sollicité pour des travaux de secrétariat, qu'il n'a jamais payés. Une de ses nombreuses victimes me révèlera qu'il était coutumier du fait.

Je n'allais quand même pas me réjouir de la disparition de ce margoulin ! Toujours est-il que la canicule l'a rattrapé, esseulé, dans un logement sis dans le quartier chic dit "Quartier des Musiciens" (Avenue Mozart, Rue Prokofiev... , en plein 16ème arrondissement parisien, et non pas Avenue Foch, son ancien domicile, où je m'étais rendu un certain nombre de fois ; ceci pour corriger l'erreur figurant dans un article du Parisien.). Le reportage télévisé précisait que l'homme était brouillé avec sa famille, ses filles n'ayant appris que très tardivement la disparition de leur père.

La deuxième anecdote me concerne plus directement. Un matin, j'entends tambouriner vigoureusement sur ma porte. Sur le palier se tient une escouade de sapeurs-pompiers équipés comme des cosmonautes. Ils m'expliquent qu'ils vont devoir passer par ma fenêtre pour se laisser glisser en rappel vers l'étage inférieur, mon voisin du dessous, un monsieur âgé, n'ayant pas donné signe de vie depuis un certain temps. Comme on s'en doute, ils ne sont jamais remontés par la même voie, ce qui fait que je n'ai jamais su s'ils avaient ou non trouvé un cadavre dans l'appartement.

Du coup, on s'interroge : mais à quoi peuvent bien servir nos sociologues ? Parce qu'on ne va pas me dire que les dysfonctionnements de nos sociétés modernes échappent aux sociologues, ou alors...

Tout le monde, surtout les sociologues, démographes, et responsables politiques, aura constaté que la canicule de 2003 a fait plus de dégâts dans des zones résidentielles comme le centre de Paris que dans des banlieues ouvrières. Le fait est que le reportage de France 3 évoqué plus haut, faisait surtout état de victimes de type européen. Par exemple, il y a eu fort peu d'Africains terrassés par cette canicule française. On me fera observer que les Africains sont habitués aux fortes températures. Il n'empêche que la vraie raison serait ailleurs : la plupart des Africains vivent groupés, soit dans des banlieues ouvrières où tout le monde se connaît ou presque, soit dans des structures familiales qui font que le grand-père ou la grand-mère vit entouré(e) de toute une flopée de descendants, tout le contraire de notre August von Briesen, qui avait coupé tout lien avec sa famille.

Reste le problème des "chibani", ces retraités (nord)africains qui, eux, ont laissé leur famille au pays et se contentent d'un petit studio dans un foyer de travailleurs, à l'instar de l'homme au déambulateur présenté auparavant.

Ceux-là sont en vrai danger de mort car privés de tout contact humain, le tout au beau milieu de centaines de co-résidents ! Voilà ce que chantait en son temps Alain Souchon, à travers la chanson intitulée "Ultramoderne solitude".

C'est cette ultramoderne solitude, surtout celle des gens âgées que, pour ma part, je traque désormais dans la rue à l'aide de mon petit appareil photo, surtout les jours de marché dans le quartier, avec ces personnes âgées contraintes de faire seules leurs courses. Et là...

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J'avoue que je m'interroge tous les jours sur la manière dont notre homme au déambulateur s'y prend pour faire ses courses ! Parce qu'il va sans dire qu'il n'a plus les moyens d'aller faire ses courses.

Alors, qui ? Je ne lui ai pas posé la question, et puis il ne s'exprimait qu'en arabe. Un chibani installé en France depuis des décennies, et qui ne parle pas français ! Mais bon...

Et le jour où un vieillard ne peut pas faire ses courses à la suite d'une entorse ou d'une méchante fièvre ? Il finit comme le voisin du dessous, qui a mobilisé des sapeurs-pompiers contraints de faire de la descente en rappel pour casser le carreau de sa fenêtre ?

Ce que tout cela m'inspire ?

Que les villes sont des lieux extrêmement toxiques pour les personnes âgées. Et ça ne vaut pas que pour les petites gens des cités ouvrières. Voyez tel ancien président, originaire de Corrèze, et venu s'enterrer à Paris.

Le jour où j'ai appris que Jacques Chirac s'était fait prêter un appartement parisien par un riche libanais, j'ai juste pensé : "Quelle bêtise !" (en fait, j'ai utilisé un autre mot commençant par 'c').

Chirac aurait dû retourner dans sa Corrèze. Imaginez un manoir en haut d'une colline, et un village en contrebas, à une demi-heure de marche. Notre président aurait été amené à descendre à pied au village, histoire de prendre un café au bistrot du coin, discuter avec le maire et les villageois. Ça nous fait un aller-retour pédestre d'une petite heure, soit un excellent petit exercice sportif quotidien, histoire de garder la forme.

Au lieu de ça, notre ex-président s'est trouvé enfermé dans un appartement, avec comme unique activité des séances assises devant la télé ! Pour sortir, on appuie sur un bouton pour appeler l'ascenseur, un autre bouton pour descendre au rez-de-chaussée ; on ouvre une porte, puis une autre, on monte dans une voiture... Bref, on s'avachit et finit par vivre comme un légume. Voilà comment a fini la vie de cet homme énergique qu'était Jacques Chirac.

Et, pendant ce temps, Robert Marchand, à 106 ans passés, accumulait les records à vélo. Le slogan de Marchand ? "Ne jamais s'arrêter (de bouger) !".

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Voyez le Japon, pays qui regorge de centenaires.

Vous aviez toujours rêvé de prendre l'avion pour le Japon, c'est le moment ! Mais ne partez pas vivre dans la frénétique capitale Tokyo, envolez-vous plutôt pour l'île d'Okinawa. Si les Japonais sont parmi les habitants qui vivent les plus vieux c'est grâce à leur style de vie et surtout à leur alimentation de base : fruits frais locaux, algues, tofu, thé, légumes verts à feuilles issus des jardins, poisson, très peu de viande... Les personnes âgées restent actives sur l'île, et gardent une santé de fer. D'ailleurs, on remarque 80% de crise cardiaque et de cancer en moins qu'aux Etats-Unis. (Source)

"Ne partez pas vivre dans la frénétique capitale Tokyo...". Ça tombe sous le sens, non ? Le fait est qu'au Japon, pays qui regorge de centenaires, les personnes les plus âgées ne vivent pas dans les grandes villes. Voyez ces femmes spécialisées dans la pêche en apnée.

Les "ama", plongeuses en apnée du Japon, ont 60, 70, 80 ans, certaines marchent le dos voûté, mais on dirait des jeunettes quand elles s'enfoncent dans les eaux sombres de l'océan Pacifique, au large de la ville de Toba, dans la péninsule de Shima.À l'origine, elles pratiquaient ce métier avant tout pour nourrir leur famille, dans des régions rurales et isolées, où les possibilités d'emplois étaient rares. Au XIXe siècle, elles plongeaient aussi en quête d'huîtres perlières sauvages. (Source)

Autant dire que, pour vivre vieux et en bonne santé, rien ne vaut la vie au grand air faite de mouvement et d'alimentation saine.

Et pourtant, tant de personnes âgées continuent de s'entasser dans des logements urbains dans lesquels ils vont s'étioler lentement et inexorablement, voire mourir dans la solitude et l'indifférence du voisinage.

Et la France dans tout ça ? Précisément, elle compte plus de 35000 communes, dont 22000 villages. Et qu'est-ce qu'un village ? Une localité à faible population, que l'on reconnaît souvent à son habitat dispersé ainsi qu'à l'absence d'immeubles. Le fait est que la France des villages représente la grande majorité des localités, recouvrant 80 % du territoire, avec seulement 20 % de la population.

50 millions de personnes – plus des trois quarts de la population – habitent en ville, selon les données 2016 de l’Insee. Le processus d’urbanisation s’est considérablement ralenti depuis la fin des années 1960 et il est à l’arrêt depuis dix ans 1. La population continue à progresser mais se développe aussi bien en ville qu’à la campagne. (Source)


En 2010, 77,5 % de la population française vit en zone urbaine, soit 47,9 millions d'habitants, selon une étude de l'Insee publiée le 25 août. Les villes occupent désormais 21,8 % du territoire, soit une progression de 19 % en dix ans. Un rythme plus important que lors des décennies précédentes, mais proche de celui des années cinquante et soixante. ''De nouvelles petites unités urbaines sont apparues et le périmètre de certaines grandes unités urbaines s'est agrandi'', résume l'Insee. (Source)

Trois quarts de la population en ville ; et l'on imagine sans mal le coût exorbitant de la vie dans ces zones urbaines, avec les loyers, les transports, etc.; et, pendant ce temps, la France rurale se vide et vieillit. Mais maintenant que nous savons que les zones du monde où l'on vit le plus vieux et en bonne santé ne sont jamais des villes, comment expliquer que l'on continue d'entasser les gens les plus âgés, donc les plus fragiles, dans le béton, loin des campagnes ?

Et c'est là que des personnes particulièrement futées ont eu une idée toute simple, à l'image de ce que fait cet organisme spécialisé dans les résidences pour retraités.

Que vous soyez seul(e) ou en couple, notre logement senior est une solution sur mesure" pour vous ! Notre maison d’accueil a été étudiée pour permettre à nos résidents de passer leurs vieux jours dans un environnement qui leur est familier, en toute autonomie, à un tarif très raisonnable. De plain-pied, dotée d’un nombre limité d’appartements pour personnes âgées autonomes, entourée d’espace et de nature, la Marpa offre un cadre de vie chaleureux et convivial. (Source)

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Mais j'entends d'ici l'objection : "Mais, monsieur, vos maisons de retraite new look ne peuvent convenir qu'à des catégories sociales du type 'CSP+', soit des cadres et des classes moyennes et supérieures !".

Ah bon ? Et pourquoi diable les promoteurs de logements sociaux se concentrent-ils à ce point dans les villes et dédaignent les campagnes ? Et pourquoi les élus de nos grandes villes ainsi que des banlieues surpeuplées qui les entourent ne font-ils pas preuve d'un peu d'imagination, en se jumelant avec de petits patelins de la campagne, de manière à y transférer une population vieillissante dont on voit bien qu'elle n'a plus grand chose à faire en ville ?

Prenons, au hasard, une ville qu'on dit pauvre en habitat social : Neuilly-sur-Seine. Pour bien connaître Neuilly, où j'ai officié naguère comme professeur particulier, et que j'ai moult fois traversée de parts en parts, à pied, je défie quiconque de me désigner un terrain, à Neuilly-sur-Seine, susceptible d'y voir implanter une construction neuve, quelle qu'elle soit, en l'absence de toute destruction d'une construction préexistante. Et imaginons, un instant, qu'un promoteur quelconque souhaite implanter ici un "Neuilly Football Club" et se mette à la recherche d'un terrain (soit au moins deux hectares) susceptible d'héberger le stade de foot idoine (on imagine les exigences de la fédération en matière de normes techniques à observer). Je lui souhaite bonne chance ! Le fait est que vous n'êtes pas prêts de voir émerger quelque Neuilly-Football Club que ce soit, par manque de terrain !

Rappelons, en passant, que le Paris Saint-Germain joue à Paris, au Parc des Princes, mais qu'il n'a pas pu trouver de terrain d'entraînement ailleurs qu'à Saint-Germain en Laye, bien loin de Paris !

Et à ceux qui ne connaissent pas la région, rappelons que Neuilly se trouve juste en bords de Seine, à l'instar des Nanterre, Bezons, Puteaux, Sartrouville, Conflans, Suresnes, Saint-Denis, etc. Doit-on rappeler à ceux qui rêvent de toujours plus de logements sociaux dans la région parisienne que le Val de Seine est une immense zone inondable ?

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Il suffit, donc, de suivre les boucles de la Seine pour comprendre qu'ici, bâtir encore et toujours de nouveaux logements s'avère irresponsable. Dans ces conditions, pourquoi ne pas recenser, dans toutes ces localités de la région parisienne, toutes ces populations - on pense aux retraités, mais aussi à tous ces SDF qui viennent mourir bêtement sur les trottoirs parisiens ! - qui seraient bien plus à l'aise à la campagne, moyennant des programmes de jumelage du type Ville-Village. Entre nous, est-ce si difficile ? Apparemment, non, puisque des maisons de retraite fleurissent dans les plus petits patelins de France !

Jean Ferrat chantait "Pourtant, que la montagne est belle !", et l'on pourrait le paraphraser en entonant : "Pourtant, que la campagne est belle !".

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Et pour achever de nous prouver que l'entassement de plus en plus de gens dans le béton des villes n'est nullement inéluctable et que des solutions alternatives existent, voilà qu'après des siècles d'exode rural, des agitateurs d'idées se lancent dans la promotion de l'exode urbain.

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