Mon école 2.0 (... en attendant le grand soir !)
Deux, voire trois bonnes décennies de retard pour l'école française en matière d'équipement informatique. Les ministres de l'Education Nationale se suivent, mais rien ne change !
En France, chaque nouveau ministre de l'Education Nationale, à peine installé dans ses nouveaux bureaux, commence son mandat par dégainer une nième réforme du BAC, cet arbre censé éternellement cacher la forêt.
En ce qui me concerne, j'ai toujours pensé que les problèmes se réglaient en amont, soit dès la Maternelle, voire bien auparavant : à la maison, la toute première zone d'éducation prioritaire, selon moi.
Même après une bonne quinzaine de plans numériques, le petit crissement de la craie sur le tableau noir se fait encore entendre. Comment l'école française a-t-elle raté toutes ces révolutions, au point que, sur la majorité du territoire, cahier, crayons et tableaux noirs demeurent la norme ? "Un tiers des collectivités territoriales a des établissements équipés où ça fonctionne, estime Jean-Loup Bourrissoux, un ex-enseignant devenu consultant. Le deuxième tiers attend la petite étincelle, quand le dernier tiers a trop de soucis financiers pour y penser." La grande révolution aurait pourtant dû commencer en 1985, avec le plan "informatique pour tous". Lancé par Laurent Fabius, il reste dans les annales comme un des plus grands fiascos de la fin du XXe siècle : des ordinateurs inadaptés, parfois non compatibles, restés dans leurs cartons dans les couloirs des lycées… De quoi décourager les plus volontaires. (Source) |
Revue de presse
Des citations recouvrant une décennie, et à chaque fois, le même constat alarmant, le tout des décennies après le fameux Défi Mondial (1980) de Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Citation :
Le chapitre qu’il a consacré à l’informatique était particulièrement prémonitoire. À cette époque, il s’agissait encore d’unités centrales gigantesques, laborieusement alimentées de cartes perforées. JJSS a vu que le futur se construirait àpartir de machines petites en taille mais incroyablement puissantes, sans parler des réseaux – le futur qu’il décrit, celui des données en ligne et de la communication instantanée, préfigure l’Internet avec une précision remarquable. (Source) |
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Autour d'un ordinateur par élève dans les pays les mieux lotis de l'OCDE, contre 8 (lycée) à 13 (primaire) élèves par ordinateur en France, voilà ce que nous disent des statistiques récentes. Il faut dire qu'ici (en France), on en est encore à la bonne vieille "salle informatique", qui oblige les élèves à quitter la classe pour aller s'entasser par grappes entières autour des rares ordinateurs en état de marche dans cette fameuse salle.
Une vraie ringardise que cette salle informatique ! D'où l'importance d'un équipement performant à la maison. Le problème est qu'à la maison, l'ordinateur sert d'abord à jouer et à télécharger toutes sortes d'inepties...
J'ai passé une bonne vingtaine d'années à intervenir comme professeur à domicile. Vers la fin, soit au milieu de la décennie 2000, j'avais pris l'habitude de commencer par demander à la personne au téléphone s'il y avait un ordinateur dans l'appartement, et s'il n'y en avait aucun, alors j'apportais mon propre ordinateur (portable). Il faut dire qu'il a fallu attendre la fin de la décennie précédente pour voir le prix des ordinateurs passer sous la barre des 10.000 francs (moins de 5000 francs vers 1997).
Résultat des courses : sur plus de vingt ans, je n'ai pas le souvenir d'avoir connu un seul échec entre la Maternelle et la fin du collège, phase que je considère comme étant la plus abordable de l'enseignement, tout en étant la condition sine qua non d'une bonne réussite au lycée.
En installant le vieil ordinateur toujours fringuant chez Inès, ma petite ex-voisine, pour ses six ans (soit après des mois de harcèlement : "Monsieur W., vous allez m'installer l'ordinateur ?"), mon premier réflexe fut d'installer aussi toute une flopée de programmes éducatifs dont le tout premier fut le didacticiel de dactylographie, parce que, voir des gens taper à deux doigts sur un clavier, ça m'horripile ! Et dire qu'il y a tout ce qu'il faut sur le marché, pour apprendre à taper à dix doigts !
Mais l'informatique, ça permet d'apprendre plein d'autres choses encore, soit la totalité des disciplines figurant au programme de l'Education nationale. Et l'on a vu l'ordinateur investir les salles de classe du monde entier, jusque dans des pays réputés pauvres.
Des enfants très jeunes, et déjà capables de travailler en autonomie ! Nous avons déjà croisé Inès, plus haut. Prenons maintenant le cas de la petite Kikuko, franco-japonaise de quatre ans (Paris XVIème). De gros problèmes d'élocution et de vocabulaire : à vrai dire, en français, elle parlait encore "bébé", sa mère n'usant que du japonais et le père étant presque toujours absent (je ne le verrai qu'une fois en six mois.). Il était donc largement question qu'elle répète sa petite section de Maternelle. Et c'est là que la mère m'appelle. Je suis venu avec un petit ordinateur parlant que la fillette a très vite adopté.
Pour une fois, à la maison, Kikuko avait un partenaire qui ne lui parlait qu'en français. Et je dois avouer que le petit ordinateur portable a fait un tabac ; sans lui, je crois que les choses auraient été bien plus compliquées, la gamine ayant été copieusement gâtée par sa mère, laquelle ne s'en cachait même pas !
Il n'empêche que la fillette s'est mise à mieux s'exprimer en français, la mère ayant installé sur son ordinateur deux ou trois programmes que je lui avais prêtés. Bien évidemment, un ordinateur ne saurait tout résoudre à lui seul, mais dans ce cas précis, il a permis de débloquer pas mal de choses : autonomie, curiosité, gestion du schéma corporel, adresse manuelle, concentration au moment de recevoir les consignes énoncées par la machine, etc. Le fait est que notre petite franco-japonaise fut brillamment admise à accéder à la moyenne section de la Maternelle.
Et revoilà la petite Inès, déjà évoquée, qui a bien grandi, et puis Claire, et Salma, et toute une classe.
À propos de la jeune Salma, que l'on aperçoit ci-dessus, au bas de la colonne de gauche, elle passait des heures à s'exercer sur l'ordinateur (richement garni en programmes éducatifs) à toutes sortes de disciplines ; la mère faisait des ménages et savait à peine lire et écrire, la père, en revanche, ne savait pas lire du tout, étant analphabète. Il faut dire que, pour la France d'alors, il était plus urgent d'équiper les Harkis d'armes pour combattre le FLN que de leur apprendre à lire et à écrire ! Est-ce cette infirmité qui l'a incité à investir avec son épouse l'équivalent de deux salaires mensuels dans l'achat d'un équipement informatique tout neuf ? Comme on peut le voir ci-dessus, la gamine ne s'en servait pas comme d'une console de jeux (à l'inverse de tant de garçons...) mais comme d'un professeur particulier particulièrement performant, ce que j'ai pu rapidement vérifier : officiellement inscrite en CE2, à huit ans, j'estime qu'elle aurait pu (dû) sauter au moins une classe, tant elle avait de l'aisance dans toutes les matières.
Je précise, en passant, que les exercices de calcul qui précèdent (calculs avec décimales) ne figurent pas au programme du CE2. Le fait est que je n'ai pas eu à expliquer longtemps les procédures ; la fillette captait tout au quart de tour ! Voilà qui devrait clouer le bec à tous ceux et celles (ringards et autres) qui n'ont toujours pas compris l'importance de l'ordinateur comme outil pédagogique.
Quant à l'Éducation Nationale, en France, c'est le CNED qui donne le la...
Le CNED, une institution dont beaucoup d'élèves, de parents et... d'enseignants (!) ignorent jusqu'à l'existence ! Plus important : quand on observe les programmes tels qu'affichés ci-dessus, on ne peut s'empêcher de penser que le calcul numérique, la proportionnalité, la gestion de données, sont plus que des doublons que l'on retrouve dispersés ou rabachés entre la Sixième et la Troisième, ce qui fait quand même beaucoup de répétitions et m'a toujours fait penser que tout(e) bon(ne) élève sortant du CM2 devrait pouvoir assimiler le programme de mathématiques du collège en deux ans au lieu de quatre ! C'est ce que j'ai pu vérifier sur le terrain.
Quiz. Prenez des exercices sur la division, de niveau CM2, effectués par deux élèves (Florian et François). Les exercices sont de ma conception. Un des élèves est scolarisé à domicile, l'autre fréquente la Cinquième d'un collège de la banlieue parisienne. Par ailleurs, les deux élèves ont respectivement huit et treize ans. Sauriez-vous placer les étiquettes au bon endroit : qui a huit ans, qui en a treize ? qui fréquente un collège ? qui est scolarisé à la maison ?
 |
 |
| Détail du test (pour sujets maîtrisant la division et le raisonnement) : |
01. Dans 364 jours, combien y a-t-il de semaines ?
02. Paul et Tom se partagent équitablement 100 (90) €. Conclusion ?
03. Cette fois-ci, les mêmes se partagent 210 €. Conclusion ?
04. Toujours les mêmes, qui se partagent 500 €. Conclusion ?
05. Cette fois, ils sont trois, avec 184 (280) € de plus. Alors ?
06. Les bottes (210 €) valent trois fois plus que les tennis. Alors ?
07. L'immeuble C est quatre fois moins haut que la tour Z (248 m). Alors ?
08. Une baleine (30 tonnes) pèse dix fois plus qu'un éléphant. Alors ?
09. Tom a le tiers de l'âge de son père (48 / 36 ans). Ils ont à eux deux ?
10. Un troupeau : 124 (256) brebis et deux fois moins de chèvres. Effectif total ? |
Réponse : à droite, François, treize ans, amateur de jeux vidéo, vivant avec sa mère (divorcée), fréquente la Cinquième d'un collège d'Aubervilliers ; je ne l'ai vu qu'une fois, le temps de le soumettre à ce petit test de calcul, et de poser à sa mère une condition toute simple : je veux bien le prendre en charge en cours à domicile, à la condition expresse que vous me retiriez tous les jeux vidéo de sa chambre. La mère ne m'a jamais rappelé... À gauche, Florian, huit ans, grand amateur de patinage artistique, est scolarisé à domicile (il allait à la patinoire tous les après-midi.). Édifiant non ? Niveau réel des deux élèves ? En tout cas, celui de Florian est bien supérieur à celui de François, et pas qu'en maths ! Par parenthèse, le jeune Florian appartenait à une famille de multirécidivistes, puisque ses deux frères aînés ont passé leur BAC à 13 ans et qu'il était bien parti pour les imiter.
Quant à ma boulimie pour tout ce qui touche à l'enseignement assisté par ordinateur, elle est bien ancienne et remonte au bon vieux temps de l'Amstrad CPC 128, ce petit ordinateur bien maigrichon mais aux possibilités déjà étonnantes pour l'époque, grâce surtout à son mode d'emploi truffé de programmes qui vous initiaient à la programmation en Basic. Mais le déclic, ce fut quand même Windows 95, le CD-Rom... Les ordinateurs étaient devenus parlants, ce qui allait ouvrir la voie à d'importantes innovations pédagogiques.
À vrai dire, les éléments conduisant à une utilisation plus pertinente de l'informatique en classe sont déjà là, sous la forme - regrettable - du support informatique réservé au professeur, comme ci-dessous à gauche, mais aussi, et de plus en plus souvent, sous la forme d'un CD-Rom annexé au manuel de l'élève, comme ci-dessous à droite. Bien entendu, les élèves les plus futés vont abondamment se servir de ce matériel à la maison, mais tous ne pensent pas à le faire, étant donné que, faute d'ordinateurs dans les salles de classe, bien peu d'enseignants font appel à ce matériel dans le cadre de leurs cours, ce qui constitue quasiment un scandale !
Ce que vous apercevez ci-dessous, ce sont, donc, des supports informatiques annexés à des manuels (manuel du professeur pour l'un, manuel de l'élève pour l'autre), et que j'ai récupérés dans le CDI d'un grand lycée de la banlieue parisienne (2500 élèves) en fin d'année scolaire, dans des manuels au sein desquels ils étaient restés intacts (autant dire jamais utilisés !), manuels qui venaient d'être mis au rebut (destinés par conséquent à être offerts à des associations caritatives).
Vous avez compris ? Des CD-Roms restés intacts - car jamais utilisés - dans des manuels scolaires que l'on s'apprêtait à jeter ou presque !
Et dire que l'informatique peut être d'une aide appréciable, voire décisive, dans la lutte contre les inégalités scolaires, l'ordinateur s'avérant être un répétiteur hors pair ! Un petit coup d'oeil dans ma médiathèque, pour avoir une idée de ce qu'on peut faire de pédagogique avec un ordinateur multi-média : laboratoire de langues, expériences scientifiques, équations-bilan, anatomie-physiologie, toutes sortes de quiz, volcans, maths...
Vous en voulez d'autres ? Parce que j'en ai d'autres !
Une bibliothèque de près de 170 classiques de la littérature française dans un CD-Rom, autant dire la possiblité pour les élèves d'une école, d'un collège, d'un lycée, d'accéder rapidement à des ouvrages même si ces derniers sont absents de la bibliothèque de l'établissement.
Par parenthèse, aucun des programmes figurant ci-dessus n'a dépassé les 10 euros à l'achat, ce qui m'a permis d'en acheter des cartons entiers. Ce qui suit m'a coûté un peu plus, quand même !
Je sais bien qu'on trouve des partitions téléchargeables gratuitement sur Internet, mais entre nous, que de temps perdu ! Là, j'ai quasiment l'essentiel de la production occidentale pour le piano. Et c'est là qu'on découvre que la fameuse Étude dite "révolutionnaire" de Frédéric Chopin est fortement inspirée du Solfeggietto de C.P.E. Bach. Cerise sur le gâteau : il y a l'enregistrement sonore au format MP3, pour les piètres déchiffreurs comme moi. Mais j'ai une excuse : en matière de solfège et de piano, je suis un autodidacte à 100 % !
À propos, Deep Blue et Deeper Blue vous disent-ils quelque chose ? Si vous êtes amateur de jeu d'échecs, alors vous savez que ces deux ordinateurs conçus par IBM furent les toutes premières machines à venir à bout de l'homme dans le jeu d'échecs. Depuis, les plus grands champions se servent abondamment de l'ordinateur pour s'entraîner. Voilà qui aurait dû clouer le bec à pas mal de monde...
Existe-t-il encore des domaines de l'éducation qui échappent à l'assistance de l'ordinateur ? Question subsidiaire : est-il normal que les écoles françaises soient si mal équipées en outils informatiques, quand on voit la profusion de ce dont disposent les élèves dans des pays voisins comme l'Allemagne ?
Et quand cet éditeur allemand parle de "Super Sparpreis" (super rabais), il ne s'agissait ni plus ni moins que d'offrir cette formidable panoplie de didacticiels, dictionnaires, classiques littéraires, films, pièces de théâtre, encyclopédies, etc., à moins de vingt euros ! Et sans qu'il soit besoin d'aller en Allemagne, chez l'éditeur français de la série "Graine de Génie", un simple CD-Rom renferme autour de 5000 exercices corrigés, soit plus que tout ce que l'élève aura à pratiquer dans toute sa trajectoire au primaire ou au collège !
Voilà qui donne une petite idée du retard français en matière scolaire... Est-il besoin de préciser que l'immense majorité des pays les mieux classés lors des enquêtes internationales sur les performances scolaires - au sein des pays de l'OCDE, notamment - sont aussi ceux qui affichent les taux les plus élevés d'équipements informatiques dans les établissements scolaires ?
La morale de ce qui précède ?
Mesdames et messieurs les directeurs d'écoles, principaux de collèges, proviseurs de lycées et, surtout, maires, présidents de Conseils Départementaux et Régionaux, équipez donc, de toute urgence, vos établissements de médiathèques faites de livres, magazines, supports audio-numériques (CD-Roms, DVD-Roms, etc.) avec, bien évidemment, des ordinateurs en nombre conséquent (soit un ordinateur par élève dans les salles de classe), comme ici :
|