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Elève de CM1, Issy-les-Moulineaux (1999) - Extrait du cahier de classe |
Le jour où l'on découvre des traces de benzène dans de l'eau minérale, ou des bactéries pathogènes dans des rillettes, les chaînes de production sont immédiatement arrêtées et des investigations conduites pour identifier l'origine des problèmes. Le jour où un constructeur automobile constate un défaut de fonctionnement sur un système de freinage ou sur des Airbags, même procédure : on rappelle tous les véhicules au garage et l'on remédie au problème.
Prenez un accident aérien quelconque. Le protocole appliqué est toujours le même : localiser l'épave, tenter de repérer des survivants, retrouver les boîtes noires et rassembler les restes humains et les débris. Dans la foulée, on analyse les boîtes noires afin d'identifier tous les responsables possibles de l'accident. Et il arrive que les responsables se trouvent parmi les pilotes. C'est ainsi que l'on procède dans le monde des sciences et techniques.
Tout le contraire de l'Éducation Nationale française : voilà des décennies que l'on nous bassine avec les questions d'échec scolaire, et rien ne se passe, les constats alarmants se suivant dans une belle régularité ; les innombrables "crashs" qu'elle a pu connaître n'ont jamais donné lieu à la moindre mise en cause de quelque "pilote" que ce soit. Ce ne sont pourtant pas les agrégés et docteurs en disciplines scientifiques et techniques de tous genres qui doivent faire défaut à l'Éducation Nationale.
Question : et s'il y avait autre chose qu'on ne voulait pas nous dire ?
Voyez le sujet évoqué ci-dessus, élève de CM1 à Issy-les-Moulineaux. D'abord, on se demande comment on passe de classe en classe, jusqu'au CM1, avec un niveau d'orthographe-conjugaison-grammaire aussi minable. Mais ce que l'on ne voit pas forcément sur ces pages d'exercices, c'est le passé scolaire de cet élève, notamment une année de CE2 durant laquelle les élèves n'ont strictement rien appris en français, l'instituteur - un adepte de nouvelles méthodes, sans doute - n'ayant suivi aucun programme et s'étant ingénié à couvrir, tous les matins, son bureau de fiches d'instructions que les élèves venaient récupérer, de manière à établir eux-mêmes le plan de travail du jour ; un programme ad libitum (selon ce qu'il y avait sur les fiches), les élèves étant livrés à eux-mêmes et se corrigeant les uns les autres. Et que faisait l'instituteur pendant ce temps ? Je suppose qu'il lisait le journal ! Comme dans les affaires de pédocriminalité, les parents ont eu vent de la chose, ont rapidement réagi, protesté, se heurtant à l'inertie de cette machine bureaucratique qu'est l'Education Nationale, qui a laissé l'instituteur incompétent et visiblement dérangé du cerveau poursuivre ses congés payés au sein de l'école, sabordant ainsi toute l'année scolaire de cette classe de CE2.
Voyez comment ils ont inventé la "dyslexie", histoire d'insinuer que, quelque part, c'est l'élève et lui seul qui avait des problèmes. Or, moi, je peux prouver que les élèves dits "dyslexiques" n'ont pas de problèmes.
Prenez Steven, 1999, Villejuif, 7 ans, redoublant son CP. La mère commence par m'annoncer sa dyslexie. Je l'interroge : "Comment savez-vous qu'il est dyslexique ?"; "Ben c'est sa maîtresse qui nous l'a dit.". "Ah, parce qu'elles sont aussi orthophonistes, les institutrices ?".
Je suis dubitatif, parce que je connais la chanson. Ce "dysfonctionnement" qui ne se révèle qu'à l'école a quelque chose d'étrange, vous ne trouvez pas ? Alors, je m'empare du cahier de classe de Steven et l'examine attentivement.
Ci-dessus, exercices récupérés dans divers ouvrages par la maîtresse (adepte du "photocopillage") et collés dans le cahier de classe (entre nous, quel boulot elle s'inflige là !). On y retrouve tous les poncifs de la "méthode globale de lecture", laquelle se borne souvent à une reconnaissance de la "silhouette" des mots ; la redondance, avec ces prénoms récurrents (Sophie, Julien) ; les étiquettes (dis ce que tu vois...), sans oublier le dessin comme support (incontournable) du déchiffrage.

Bien évidemment, ni la reconnaissance "globale" de la silhouette d'un mot, ni la substitution de ce dernier par un dessin ne conduisent au déchiffrage, lequel consiste à déconstruire le mot - et rien que le mot - en ses particules élémentaires (les lettres), pour le reconstruire ensuite en unités d'élocution (les syllabes). On voit bien que cet élève ne déchiffre pas du tout, se contentant de reproduire des mots plus ou moins bien (mal) mémorisés (Sophie, Julien).
Prenons l'exercice de copie ci-dessus : Charles a perdu ses chaussures. Je recopie la phrase et tente de la lui faire lire, après l'avoir modifiée : Charles a perdu son chapeau. Résultat : il s'élance gaillardement, mais ralentit très vite, ce qui va donner ceci : "Charles a perdu ses chauss, ses chauss, s.., son, son ch..., son ch..., son cha... son chapeau.".
Mais le bouquet a été ce qui vient : une dictée dénichée dans le cahier de classe.

Voilà qui se passe presque de commentaires ; là où il aurait fallu écrire : "je sais lire... je ne suis pas malade", le gamin a écrit ou tenté d'écrire: "Julien sais... Julien ne sais...". Julien à la place de je, ce qui est tout à fait normal : à force de croiser l'effigie d'un petit garçon, affublée de l'étiquette "Julien", quoi de plus naturel que d'avoir, comme résultat logique de ce bourrage de crâne : ego = je = Julien !? Et j'imagine que plus d'une fillette a tenté d'écrire "Sophie" en lieu et place de "je" !
Chronique d'un désastre moult fois dissimulé à l'opinion publique : la dyslexie est une maladie imaginaire inventée par des enseignants incompétents pour se dédouaner de leur propre incurie.
Mon verdict ? Comme dans la totalité des cas similaires que j'avais déjà vécus auparavant, ce gamin était, bien évidemment, tout sauf dyslexique. Disons que, comme dans la totalité des cas, la mayonnaise "globale" avait mal pris.
La méthode globale, vous savez ? De son titre complet : "Méthode globale... de lecture." Le problème est que ses concepteurs n'ont toujours pas inventé de "méthode globale d'écriture" !
Ce qui précède date d'autour d'octobre-novembre 1999. Je vais voir Steven trois fois par semaine, durant des séances censées durer 1h30, mais qui vont souvent déborder d'une demi-heure, voire d'une heure, soit deux heures et demie sous la forme de séquences de 25 à 30 minutes entrecoupées de petites pauses.
Résumé d'un gros trimestre de remise à niveau :




Ci-dessous, premier exercice : grille de mots à compléter à partir de la définition et de la première lettre : 01. cousin du cheval - 02. elle donne des oeufs à la fermière - 03. il adore les carottes - 04. il fournit de la bonne laine - 05. son lait est fort délicieux - 06. en principe, il attrape les souris - 07. le roi de la savane - 08. bête de course - 09. il garde la maison - 10. elle garde la maison - 11. il erssemble à une liane - 12. gros reptile féroce |

Octobre 1999 - Mars 2000. Une remise à niveau tout à fait ordinaire. Alors, évidemment, la mère est restée bouche bée devant la progression fulgurante de l'enfant, à qui j'ai dû faire subir un réel lavage de cerveau. À vrai dire, on serait allé bien plus vite si Steven avait été (provisoirement) retiré de l'école ; parce qu'il faut savoir que, parallèlement à la remise à niveau, le travail de déstructuration à coup de méthode "globale" se poursuivait en classe !
Avec Steven, on a tout fait ou presque : conjugaison, grammaire, dictées, grilles de mots, arithmétique, tables de multiplication mélangées (tables par 2 et 3 simultanées)... jusqu'aux chiffres romains ! Entre octobre 1999 et mars 2000, j'estime que ce gamin est passé du niveau CP à une fin de premier trimestre de CE2, le tout en une petite cinquantaine d'heures (une vingtaine de séances d'un peu plus de deux heures chacune).
Du coup, quand j'entends évoquer ce serpent de mer que serait "l'échec scolaire", j'ai envie de demander à mes interlocuteurs : "Non, mais de quoi me parlez-vous ?".
Pour dire les choses simplement, s'il avait été mon fils, Steven aurait été estampillé "surdoué", à l'instar de tous les enfants que j'évoque au fil des pages de ce blog, parce qu'il aurait intégré un CM1 dès l'année suivante.
Autre chose ?
En règle générale et en me basant sur ma petite expérience d'une vingtaine d'années comme prof particulier, j'avais coutume de dire que lorsque j'entends parler d'un sujet aux performances scolaires remarquables, je demande d'abord à voir les parents, notamment la mère. J'avais même fini par me construire une équation personnelle : la réussite scolaire d'un enfant dépend à 90 % du niveau intellectuel des parents et, singulièrement, de celui de la mère.
Tant il est vrai que les enfants ne naissent pas dans les choux ni ne sont livrés par des cigognes.
Sinon, quid des profs et de leurs enfants ?
– Un enseignant du public sur cinq choisit l'école de ses enfants, parce qu'il connaît le système. Jacques Marseille, universitaire, Europe 1, 25 février 2000.
– Grands gagnants à la course de l'excellence…, les enfants de profs constituent le quart des promos de HEC, le tiers des rangs de l'X, plus de 40% des élèves de Centrale, Paris, la moitié de ceux de l'"Agro"… alors que leurs parents représentent à peine 5% de la population active. Marie-Laure de Léotard, in mensuel Capital, février 2002, p. 95.
"Imaginons que, demain, par une sorte de miracle, les élèves des grandes écoles soient exactement à l'image de la société française, que les filles, les enfants d'ouvriers, d'employés, d'immigrés y soient proportionnellement aussi présents qu'ils le sont dans l'ensemble de la société. Cette école serait sans doute beaucoup plus juste qu'elle ne l'est aujourd'hui, le pur mérite des individus serait reconnu, les inégalités sociales neutralisées et l'arbitrage scolaire parfaitement impartial. Rien ne nous invite à abandonner cet idéal. Mais cette école de rêve serait-elle parfaitement juste ? Elle ne serait meilleure que dans la mesure où les vaincus de cette sélection parfaitement équitable ne seraient pas abandonnés, relégués, humiliés et dépourvus de toutes ressources. Autrement dit, il ne faut pas se poser le problème de la justice scolaire uniquement du point de vue des "vainqueurs", mais aussi de celui des "vaincus", des plus faibles, des plus fragiles et peut-être des moins bons (…).
C'est là le véritable sens d'une culture commune, celui d'une exigence de justice consistant à garantir aux plus faibles des élèves ce à quoi ils ont droit pour mener une vie personnelle, civique, sociale, acceptable, pour faire que leur scolarité ne ferme pas plus de portes qu'elle ne leur en ouvre (…).
En fait, le refus de la culture commune se conjugue étrangement à la défense de la légitimité des dirigeants et des vainqueurs d'une sélection scolaire continue faite par et pour ceux qu'elle a couronnés.
Si l'on considère que le système scolaire est une compétition, peut-être plus juste que d'autres, mais une compétition malgré tout, on comprend aisément que les vainqueurs n'aient pas envie de changer les règles du jeu qui les favorisent. Et si l'on observe que les groupes très qualifiés, parmi lesquels les enseignants et leurs enfants, sont, par définition, plutôt du côté des vainqueurs, on comprend aisément comment la défense des grands principes de "l'excellence pour tous" s'accorde à celle d'intérêts plus particuliers. Il y a dans cette histoire de culture commune quelque chose comme un conflit de classes opposant les groupes qui bénéficient le plus de l'école aux groupes qui en retirent un sentiment d'indignité si fort qu'ils s'interdisent même de participer au débat ; seuls les vainqueurs racontent l'histoire (…).
Le débat sur la culture commune n'oppose pas les "républicains" aux "pédagogues" (…). Il oppose l'incantation méritocratique considérant que l'école juste est un vaste mécanisme de distillation fractionnée dans lequel l'excellence exigée de tous conduit pratiquement à la relégation du plus grand nombre (surtout des plus pauvres et des plus démunis) à ceux qui considèrent que si l'école doit, bien sûr, hiérarchiser les compétences et le mérite, cela ne peut se faire au prix du "massacre" des plus faibles…". François Dubet, Sociologue (Libération, Lundi, 18.10.2004, p. 39) |
On oublie trop souvent que les profs sont aussi des parents d'élèves, les plus performants de tous, du reste, à en juger par les effectifs des grandes écoles et des meilleures universités. Curieusement, personne ne pense à leur demander comment ils s'y prennent avec leurs propres enfants ?
Comment ? François Dubet l'explique très bien : en défendant, mordicus, un système fort inégalitaire, certes, mais bien avantageux pour leurs enfants.
Moralité : pour éradiquer l'échec scolaire, pourquoi ne pas demander aux profs d'appliquer à l'ensemble de leurs élèves les méthodes qui marchent si bien avec leurs propres enfants ?
Chiche !
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